Pour compléter cet article, une vidéo explicative vous attend en fin de page afin d’illustrer au piano les notions présentées.
Le contre-sujet
Dans mon précédent article, nous avons fait connaissance avec le sujet d’une fugue et sa réponse. Voyons maintenant la totalité de l’exposition.
On appelle exposition toute la présentation contrapuntique de la fugue, à 2, 3, 4 voix ou plus, jusqu’à ce que la dernière voix entrée ait présenté le sujet.
Vous vous demandez probablement ce que devient chacune des voix après avoir présenté le sujet ou la réponse. Voyons cela à l’aide de 2 fugues de Bach.
Nouvel élément thématique : le contre-sujet
Dans nombre de fugues, la 1ère voix à entrer, une fois qu’elle a été présentée seule, le sujet enchaîne avec un élément contrapuntique qui accompagne la réponse présentée par la 2e voix qui entre à ce moment-là. Le fait qu’on retrouve cet élément à chaque présentation du sujet ou de la réponse fait de lui un élément thématique que l’on appelle le contre-sujet.
Le contre-sujet est dans ce cas fréquent, le complément du sujet sur les plans mélodique, harmonique et rythmique.
Voyons tout de suite un exemple de fonctionnement de ce binôme exposé dans la fugue XVI à 4 voix du cahier n° 1 du Clavier bien tempéré de Jean-Sébastien Bach.

Petite révision : le sujet et la réponse
Comme je l’ai expliqué dans la 1ère partie de cette série sur la fugue, Bach fait entrer un sujet qui est entièrement en SOL mineur à une voix seule. La réponse est donc la recopie à la voix supérieure, une 5te au-dessus. La durée du sujet est d’une mesure et demie donc la 2e entrée se situe juste après le 3e temps de la mesure 2.
Dans cette réponse, vous avez certainement remarqué la mutation : à la 1ère note du sujet, ré (dominante de SOL mineur) correspond non pas la note la, une 5te au-dessus, mais sol (tonique du ton principal). S’il le faut, revoyez l’explication sur la remarque relative à la réponse réelle dans mon article précédent.
Quand commence le contre-sujet ?
Par convention, le contre-sujet commence un peu après le début du sujet. Comme une sorte d’élégance, on entend la tête de la réponse (ou du sujet) et, profitant d’une valeur longue ou d’un court silence, le contre-sujet prend la parole pour dialoguer avec elle (ou avec lui).
Je rappelle que chaque fugue est différente. Faites l’expérience avec les différentes fugues de ce recueil de J. S. Bach et vous constaterez combien le compositeur varie l’entrée du contre-sujet, change de contre-sujet en cours de fugue ou, tout simplement, n’en met pas.
Le conduit
Ce décalage entre les deux départs de la première réponse et du premier contre-sujet libère un espace que l’on appelle conduit. Ici il est très bref puisqu’il dure un temps et Bach l’occupe par la note sol en noire tout simplement. Mais ce conduit peut être plus développé.
C’est souvent le cas, notamment entre la 2e et la 3e entrée. Pourquoi ?
Prenons l’exemple de la Fugue VI à 3 voix, du même recueil :

Le sujet commence en RE mineur. La réponse, fort logiquement en LA mineur (mesure 3). C’est une réponse réelle, exacte recopie à la 5te supérieure du sujet. Donc le texte conjuguant la réponse et le contre-sujet se termine en LA mineur au moment (mesure 5) où la 3e voix doit entrer avec le sujet qui est, lui, en RE mineur.
Voilà la raison d’être du conduit qui dure pendant toute la mesure 5 afin de moduler à partir de LA mineur et ramener la tonalité principale de RE mineur. Il n’est donc pas rare de trouver un conduit plus ou moins long entre la 2e et la 3e entrée d’une fugue pour ramener la tonalité principale de l’entrée de la 3e voix.
La complémentarité du sujet avec son contre-sujet
Reprenons le binôme réponse/contre-sujet aux mesures 2 à 4 du 1er exemple ci-dessus. Remarquez les détails suivants :
- Le contre-sujet démarre 3 croches après la réponse,
- Mesure 3 : les 3 premières croches de la réponse (dont la dernière est la tonique) mènent à une noire (qui est la sensible) alors que les 3 dernières croches du contre-sujet (dont la dernière est la sensible) mènent à une noire (qui est la tonique). Qui plus est leur dessin mélodique est le même, mais inversé.

- De la même manière, toujours mesure 3, le rythme et le dessin mélodique des deux premiers temps du contre-sujet sont l’inversion des deux derniers temps de la réponse.

Il s’agit là d’un cas rare de complémentarité poussé à l’extrême, mais le principe général qui consiste à trouver une ligne mélodique qui vient « s’emboîter » le mieux possible dans le sujet est la marque de fabrication d’un bon contre-sujet.
L’exposition est terminée
Avec l’arrivée de la dernière entrée accompagnée de son contre-sujet se termine l’exposition de la fugue. Bien sûr, à partir de 3 voix, il existe des parties libres dans l’exposition une fois qu’une voix a fini de présenter le sujet ou la réponse et le contre-sujet.
Mais la fugue ne fait que commencer, rendez-vous au prochain article pour en savoir davantage.
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