3/4 Dessine moi une fugue – Les divertissements

Pour compléter cet article, une vidéo explicative vous attend en fin de page afin d’illustrer au piano les notions présentées.

L’exposition initiale du sujet, alternant avec la réponse et leur contre-sujet étant terminée, la fugue prend réellement son envol avec le 1er divertissement. Pourquoi ? 

Il faut bien reconnaître que la conception même de l’exposition l’oblige à faire quelque peu du surplace

  • Au niveau mélodique puisqu’on entend autant de fois qu’il y a de voix la même phrase (sujet ou réponse) accompagnée du même complément (quand il y a un contre-sujet) sauf à la première entrée du fait que la 1ère voix est seule
  • Au niveau tonal :  le ton principal s’alterne uniquement avec celui de la dominante.

Le moment est alors venu pour le compositeur de sortir de cette exposition pour tracer son chemin mélodique, harmonique et parcourir un plan tonal qui s’achèvera de façon cohérente avec le ton principal.

Le discours musical propre à la fugue consiste à alterner des épisodes appelés divertissements avec d’autres expositions dites secondaires ou centrales par contraste avec l’exposition initiale.  Voyons ce qui caractérise ces différentes parties de la fugue. Et suivez mes explications en vidéo.

Ne pas lasser l’auditeur en lui faisant entendre toujours la même musique est l’objectif des épisodes transitoires permettant de passer d’une exposition à l’autre. Cependant, le compositeur a le choix entre écrire un contrepoint ou combinaison de lignes mélodiques totalement différent des sujets et contre-sujets précédemment exposés et celui d’emprunter précisément des éléments mélodiques partiels au sujet ou au contre-sujet.

Il semble, d’après Marcel Bitsch (in LA FUGUE – Editions Combre p 51), que c’est uniquement dans le premier cas qu’il serait juste de parler de divertissements et dans le second de développements thématiques. En cours de fugue, l’usage a consacré le terme de divertissements dans tous les cas.

Fugue n°2 à 3 voix du Clavier bien tempéré de Jean-Sébastien Bach.

En voici le sujet, la réponse, le contre-sujet ainsi que le conduit que l’on trouve dans les mesures 1 à 8 :

Le premier divertissement se situe mesures 9 et 10 avant que n’intervienne à nouveau une exposition du sujet en MIb Majeur (mesures 11 et 12). Il s’agit là d’un développement très fréquent : la première exposition du sujet après son exposition initiale au ton principal (ici DO mineur) s’effectue au ton relatif.

Mais avec quels éléments mélodiques et harmoniques ?

Bach combine 2 éléments : la tête du sujet  sur 2 temps qui s’échange entre les deux voix supérieures et, à la voix de basse, le conduit constitué d’une gamme descendante en double-croches continues. 

Ces deux mesures fonctionnent en marche harmonique : le modèle mesure 9, DO mineur modulant vers FA mineur et l’imitation, mesure 10, modulant successivement en Sib Majeur puis Mib Majeur. Le but harmonique est atteint, là aussi par un procédé largement utilisé dans les divertissements, une marche harmonique qui amène la tonalité de la prochaine exposition du sujet.

Le 2e divertissement, mesures 13 et 14, utilise quant à lui, la tête du contre-sujet en croches aux 2 voix inférieures à la 3ce d’une part et les gammes en doubles-croches continues du conduit, qui sont devenues ascendantes à la voix supérieure. Ces deux exemples illustrent bien ce que Marcel Bitsch appelle des développements thématiques.

Fugue n° 13 à 3 voix du Clavier bien tempéré

Ici, c’est l’autre parti que prend Jean-Sébastien Bach pour construire ses divertissements, celui d’introduire un nouvel élément qui n’est ni le sujet, ni la réponse, ni le contre-sujet ni un quelconque conduit. De plus, cette formule mélodique va prendre de plus en plus d’importance par son caractère singulier dû aux répétitions de notes en doubles-croches, ce qui est assez rare en contrepoint. Au point même de s’en servir dans la mesure de conclusion, comme si cet élément avait supplanté tous les autres, véritable pied de nez aux usages de la fugue.

Voici les éléments thématiques habituels :

Comparez-les à cette formule qui apparaît dans le 1er divertissement :

Le plan général de la fugue commence donc à se dessiner plus complètement. Par exemple, pour une fugue à 4 voix :

  • EXPOSITION INITIALE : à 1 voix (sujet), à 2 voix (réponse/contre-sujet), à 3 voix (sujet/contre-sujet/1 partie libre), à 4 voix (réponse/contre-sujet/2 parties libres), le tout assorti d’éventuels conduits notamment entre la 2e et la 3e entrée pour retrouver le ton principal.
  • DIVERTISSEMENT 1 : sur un élément du sujet, du contre-sujet ou d’un conduit, plus rarement avec une nouvelle formule mélodique récurrente, en marche harmonique modulante.
  • EXPOSITION SECONDAIRE 1 : plus courte, souvent dans le ton relatif, elle ne comprend que le sujet et éventuellement une réponse (en option utilisation du contre-sujet).
  • DIVERTISSEMENT 2 : même procédé que le premier avec les mêmes éléments, ou avec d’autres éléments thématiques. 
  • EXPOSITIONS SECONDAIRES 2, 3, etc. : idem exposition secondaire 1, alternant avec DIVERTISSEMENTS 3, 4, en général dans un plan tonal touchant les tons voisins du ton principal pour ramener ce dernier dans la dernière partie de la fugue que nous verrons dans l’article suivant.

À suivre…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *