On appelle mode le schéma qui régit l’enchaînement des espaces entre chacun des degrés d’une famille de tonalités. C’est en quelque sorte l’ADN d’une famille d’échelles sonores qui leur confère une parenté.
Chaque mode se décline en 12 tonalités, chacun des 12 sons de la gamme chromatique pouvant en être la tonique ou Ier degré.
Le mode Majeur et les modes mineurs ont été largement et quasi uniquement utilisés par les compositeurs de l’époque Baroque à celle du Romantisme.
Selon le phénomène du balancier, le début du XXe siècle a connu un retour à des palettes sonores plus anciennes. Il ne s’agissait pas d’imiter la conception formelle des musiques de temps révolus. La récupération d’échelles mélodiques délaissées pour y adapter les harmonies familières à 3, 4 sons ou plus répondait à l’envie d’entendre de nouvelles couleurs musicales.
Six modes anciens mélodiques
Parmi les nombreux modes existants, voici les 6 modes dits anciens qui ont émergé :

Il existe plusieurs façons de dénommer ces échelles qui découpent l’octave en sept degrés mélodiques :
- Par les noms grecs qui les qualifiaient
- Par le nom de la première des 7 notes non altérées qui reproduit exactement les intervalles du mode non altérés.
- Par classement des modes à connotation Majeure (3 modes) ou mineure (3 autres modes).



Classement des enchaînements d’accords caractéristiques
Jusqu’ici j’ai parlé des degrés mélodiques des échelles de 6 modes anciens. Chacun de ces degrés peut servir de base à la construction d’un accord à 3 sons ou plus. On nomme degré harmonique, le degré qui porte cet accord. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le mot degré dans la suite de cet article.
Vous allez maintenant découvrir une vidéo où je présente les enchaînements caractéristiques de ces 6 modes anciens. À partir du mode Majeur référence, je présente d’abord le mode Sur-Majeur puis le Sous-Majeur. Je fais ensuite de même avec les modes Sur-mineur et Sous-mineur à partir du mode mineur référence sans sensible.
J’ai classé les enchaînements caractéristiques selon la logique suivante :
- Enchaînements à partir du Ier degré
- Enchaînements vers le Ve degré ou degré suspensif
- Enchaînements à partir du Ve degré ou degré de suspensif
- Enchaînements aboutissant sur le Ier degré.
Je vous conseille de suivre la vidéo de la Masterclasse avec les tableaux correspondants ci-dessous


Les deux constantes permettant de caractériser harmoniquement ces modes
Pour enchaîner deux accords principalement à 3 sons de manière qu’on reconnaisse immédiatement la couleur d’un de ces modes, il faut combiner deux éléments :
- Un des deux accords doit comprendre le son caractéristique de l’échelle mélodique (écrit en bleu dans les tableaux ci-dessus).
- L’enchaînement doit permettre d’identifier aisément :
- La tonique de l’échelle utilisée, à la basse du Ier degré, degré initial, mais surtout degré de repos final dans les cadences conclusives
- La dominante, à la basse du Ve degré, degré de cadence suspensive.
Remarquons enfin que, dans les accords caractéristiques de cette vidéo, je n’inclue pas les degrés ayant une quinte diminuée à cause de leur sonorité creuse. Il en va de même pour le mode locrien ou mode de si dont le Ier degré à 3 sons comprend une 3ce mineure et une 5te diminuée, sonorité qui ne favorise absolument pas le rôle dévolu à ce degré dans la pratique harmonique moderne, l’état de repos concluant la phrase ou le texte.
Conclusion – mode d’emploi
Cette vidéo vous permet d’improviser plus facilement dans ces 6 modes anciens.
- Apprenez d’abord à transposer les enchaînements caractéristiques de ces modes en diverses tonalités autres que LA. Puis, mémorisez-les.
- Choisissez une tonalité et improvisez à partir des enchaînements en commençant par la couleur la plus sombre du mode sous-mineur.
- Poursuivez votre improvisation dans la même tonalité en mineur mélodique sans sensible : il n’y a qu’UN degré mélodique qui change, le IIe (haussé d’1/2 ton chromatique). La couleur est légèrement moins sombre.
- Puis, improvisez de même en Sur-mineur toujours de la même tonalité, c’est le VIe degré qui change (haussé de 1/2 ton chromatique), couleur encore moins sombre.
- Enfin, enchaînez de la même façon le Sous-Majeur (IIIe degré haussé), le Majeur (VIIe degré haussé) et enfin le Sur-Majeur (IVe degré haussé) pour obtenir 3 couleurs de plus en plus claires.
Tous ces choix vous seront également utiles pour composer et harmoniser.

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