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Les accords de 9es d’espèces (autres que de dominante)
L’harmonie classique c’est l’étude des accords et des principes qui régissent leur enchaînement. Elle s’étend des accords les plus simples, les accords de quinte à 3 sons jusqu’aux accords à 5 sons, accords de 9e.
Pourquoi « accords de 9es » ?
Ces derniers doivent leur nom de 9es à l’intervalle entre leur basse et leur note la plus aiguë à l’état fondamental (sous forme d’empilement de 3ces) : une 9e.
- Exemple : do-mi-sol-si-ré, accord de 9e sur le Ier degré de DO Majeur : il y a une neuvième entre do = basse et ré = note aiguë.
Pourquoi « accord de 9es d’espèces » ?
Chaque type d’accords, à 3, 4 et 5 sons comprend des variantes. Par exemple à 3 sons, l’accord peut être parfait Majeur (3ce majeure et 5te juste à partir de sa basse), parfait mineur (3ce mineure et quinte juste) ou de 5te diminuée (3ce mineure et 5te diminuée).
On appelle espèces ces différentes catégories qui distinguent leur constitution donc leur sonorité.
Avec cet article et la vidéo qui l’accompagne consacrés aux 9es d’espèces, nous arrivons donc aux accords les plus riches de la palette classique.
Présentation des 9es autres que les 9es de dominante
J’ai parlé des 9es placées sur le Ve degré des 2 modes (= Ière espèce) dans de précédents articles, raison pour laquelle je me concentre ici sur celles qui occupent tous les autres degrés.
Je vais présenter d’abord deux tableaux des accords de 9e placés sur chacun des degrés, autres que le Ve, dans les gammes de DO Majeur et DO mineur.
Ensuite, après un rappel d’exemple de 9e de dominante chez Fauré (Ière espèce), je montrerai des exemples chez Claude Debussy et Maurice Ravel concernant les 2e et 3e espèces de 9es, les plus utilisées. Une vidéo jointe permet d’entendre ces exemples au piano et leur analyse.
Tableau des 9es d’espèces autres que de dominante en DO Majeur

Tableau des 9es d’espèces autres que de dominante en DO mineur

Rappel de la 1ère espèce : 9e de dominante
La première espèce de 9es, de loin la plus employée depuis le plus longtemps dans l’histoire de la musique, est la 9e de dominante. Placée sur le Ve degré, c’est une 7e de dominante à laquelle on ajoute une 9e, majeure en Majeur et mineure en mineur.
Voici un exemple subtil d’une succession de deux 9es de dominante par Gabriel Fauré. Notez que la 1ère, dominante de SIb Majeur, ton principal est complète alors que la 2e, dominante de FA Majeur, est présentée à l’état de 2e renversement, sans sa fondamentale, do.

C’est un accord clair, équilibré, tendu avec ses dissonances coutumières : en Sib Majeur entre fa et mib, et, grâce à la 9e entre fa et sol. Un accord qui tend vers une résolution. Ici, Gabriel Fauré surprend en substituant à sa résolution naturelle (le Ier degré de SIb Majeur, sib-ré-fa) une autre 9e de FA Majeur, elle aussi en suspens.
2e et 3e espèces de 9es dans les Préludes pour piano de Claude Debussy
Comme le montre le tableau ci-dessus, le IIe degré des gammes Majeures permet la construction d’un bel accord de 9e de 3e espèce.
On le trouve dans le VIIIe prélude du premier livre pour piano de Debussy dans sa forme la plus simple d’analyse : lab-mib-solb (main gauche) et dob-sib (main droite), 5 notes pour 5 sons. Ici il est placé sur le IIe degré de la tonalité principale, SOLb Majeur et il s’enchaîne de façon « classique » avec le Ve degré occupé par une 9e majeure de dominante.
Cet accord de 3e espèce de 9e, 9e Majeure sur 7e mineure, présente une double dissonance de 7es : lab-solb et dob-sib dans une couleur très expressive. Cet enchaînement permet de bien distinguer la différence entre cette couleur et celle de la 1ère espèce.
On trouve cette 9e de 3e espèce
- En Majeur, sur deux degrés secondaires : IIe et VIe degrés
- En mineur, sur deux degrés principaux : Ier et IVe degrés.

Le Ier degré des gammes Majeures présente la 2e espèce des accords de 9e. C’est un accord très riche et très clair avec sa 3ce Majeure, sa 7e Majeure et sa 9e Majeure. Debussy en fait un très bel emploi dans le même recueil au Xe numéro, La Cathédrale engloutie, mesures 19 et 20.
C’est peu après le moment où le compositeur note sur la partition (mesure 16) « Peu à peu en sortant de la brume », puis, exactement sur la première apparition de l’accord de 9e, mib-sol-sib-ré-fa l’indication « marqué » !
On trouve cette 9e de 2e espèce
- En Majeur, sur deux degrés principaux : Ier et IVe, degrés,
- En mineur, sur deux degrés secondaires : IIIe et VI degrés.


2e et 3e espèces de 9es sous la plume de Maurice Ravel
Dans la vidéo qui accompagne cet article, je détaille trois extraits composés par Maurice Ravel où apparaissent ces mêmes 9es de 2e et 3e espèces.
3ème espèce
- Dans Les entretiens de la Belle et de la Bête, IVe numéro de la suite pour orchestre Ma mère l’Oye, au chiffre I de la partition d’orchestre, la flûte, la clarinette, les cordes et la harpe présentent une 9e mineure sur 7e mineure (3e espèce), représentative de la Belle qui déploie ici tout son charme.

2ème et 3ème espèces
Dans Le jardin féerique qui termine cette suite, en DO majeur où :
- la 1ère mesure (2e temps) présente l’accord du Ier degré, do-mi-si-ré (le sol est sous-entendu et n’arrive que sur le 3e temps quand l’accord se renverse, puisque l’écriture des cordes est à 4 voix), 2e espèce, 9e majeure sur 7e majeure et 3ce Majeure, la beauté féerique et la noblesse du jardin en question ressortent dès le début grâce à cet accord ;
- la 5e mesure (1er temps) présente l’accord du VIe degré, la-do -mi-si (le sol n’arrive que sur le 3e temps), 3e espèce.
Version pour 2 pianos (original : cordes de l’orchestre à 4 voix)

Bien sûr, il faut remarquer que dans ces exemples, la 9e de ces accords est souvent employée comme note étrangère, un retard ou une appoggiature de la doublure de la basse. Cette doublure de la basse en est la résolution naturelle (ici, au chant, mesure 1 le ré, retard du do et mesure 5 le si, appoggiature du la).
Mais la particularité de l’époque où Debussy et Ravel ont écrit ces pièces est de commencer à assimiler ces 9es non plus comme des notes étrangères, mais comme des notes réelles, constitutives d’accords classés où la 9e est stabilisée pour n’avoir bientôt plus besoin d’une résolution.
3ème espèce
- Dans Daphnis et Chloé suite pour orchestre tirée du ballet
C’est ce que montre bien le solo de flûte de Daphnis et Chloé aboutissant avec insistance sur une magnifique 9e mineure sur 7e mineure de la 3e espèce sur basse do : do-mib-sol-sib-ré (22e mesure du solo). Ce ré s’impose dans l’harmonie comme son constituant à part entière.

2e et 3e espèces en musique actuelle
Les compositeurs de chansons, de musiques de film et de théâtre, ainsi que de tout ce qu’on nomme la musique actuelle, se sont emparés des 9es d’espèces, depuis la première moitié du XXe siècle.
J’en veux pour preuve la magnifique musique du film Laura, datant de 1944, composée par David Raksin pour le film d’Otto Preminger du même nom. La chanson-titre mérite d’être analysée quand on évoque les 2eet 3e espèces de 9e.
Remarquez que les 8 premières mesures du thème sont construites en marche harmonique successivement sur des 9es de 3e espèce (la-do-mi-sol-si), 2e espèce (sol-si-ré-fa#-la), 3e espèce (sol-sib-ré-fa-la) et 2e espèce (fa-la-do-mi-sol).
Je précise pour ceux qui lisent le chiffrage américain indiqué sur la partition que Amin7 signifie bien accord de 7e d’espèces, mais il faut, selon la convention, ajouter le chant qui n’est pas inclus dans le chiffrage : la note si qui fait devenir cet accord une 9e Majeure sur 7e mineure (3e espèce). De même pour les 3 autres chiffrages.

Les quatre 9es Majeures de ces quatre accords : si, la, la et sol sont bien des notes réelles et non des appoggiatures de la doublure de la basse ! Ces accords sont devenus partie intégrante de la palette des accords qu’on étudie en harmonie et qu’on utilise maintenant depuis longtemps dans les compositions, les improvisations et les harmonisations.
Conclusion
Et les autres accords ? – pensez-vous sûrement…
Qu’en est-il des accords placés,
- En Majeur, sur les IIe et VIIe degrés ?
- En mineur, sur les IIIe et VIIe degrés ?
Les accords du VIIe degré des deux modes sont plutôt utilisés comme des accords de 11e sans fondamentale, leur basse (si en DO) étant traitée comme une sensible (Ve degré). Il en va exactement de même qu’avec les accords à 3 et 4 sons.
Quant à l’accord du IIIe degré en mineur comprenant une 5te diminuée, sa 9e mineure, très dissonante, rend son utilisation délicate. On le voit exceptionnellement, en tant que IIe degré, enchaîné au Ve degré de ce mode mineur.
À propos de ce mode mineur, j’ai utilisé pour mon tableau le mode mineur sans sensible pour ce qui concerne les 9es des degrés I, III et VI. Je rappelle, en effet, qu’en harmonie la sensible est la 7e note de la gamme quand elle est entendue dans l’accord du Ve degré. Seule exception, le VIIe degré, comme je l’ai expliqué ci-dessus, qui n’est autre qu’un Ve sans fondamentale.
La constatation qui s’impose est donc l’existence de 3 espèces de 9es, bien définies, ayant chacune une couleur qui lui est propre, facile à reconnaître, donc facile à incorporer dans la palette harmonique du créateur.

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